Revue Française de Vigilance Citoyenne Vol. 47 · N° 3 · Juillet 2026 · pp. 112–118
doi:10.4047/rfvc.2026.pmu-terrasse.0342 · Reçu : après l'apéro · Accepté : immédiatement, sans relecture
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Mobilité militante et véhicules anciens : le covoiturage révolutionnaire vers les points de deal comme marqueur du gauchisme authentique

Pr Gérard de la Clôture¹, Dr Monique Volet-Roulant², J.-M. Rond-Point³ (adjudant, e.r.)

1. Institut Supérieur d'Observation du Gauchiste (ISOG), Terrasse du PMU « Le Balto », Nogent-le-Paisible — 2. Chaire de Défense du Pavillon, Université Libre du Lotissement — 3. Comité de Vigilance du Rond-Point des Mimosas

Résumé

On dit souvent que le gauchiste ne conduit pas, par mépris de la voiture, symbole du travail. C'est une dangereuse naïveté. Notre étude de terrain (n = 3 observations, dont une contestée) démontre que le vrai gauchiste conduit — non par goût, mais par devoir : possédant une vieille bagnole héritée d'un oncle cégétiste, il s'en sert pour véhiculer ses camarades jusqu'aux points de deal, dans un covoiturage qu'il ose appeler « solidaire ». Le diesel de 1997 n'est donc pas un véhicule : c'est une infrastructure logistique de la subversion.

Mots-clés : gauchiste authentique · Renault 19 · camarades · point de deal · covoiturage révolutionnaire · terrasse de PMU · France d'avant

1.Introduction

La littérature dominante (BFM, le beau-frère, un monsieur très informé sur Facebook) soutient que le gauchiste se déplace exclusivement en trottinette électrique subventionnée. Cette thèse ne résiste pas à l'observation : la trottinette ne peut emporter qu'un seul gauchiste à la fois, ce qui est incompatible avec sa nature profondément grégaire. Le gauchiste se déplace en meute, qu'il appelle « collectif ».

Il fallait donc un véhicule. Nos travaux antérieurs (de la Clôture, 2024, Pourquoi ils veulent manger nos pavillons) avaient prédit l'existence d'un « vecteur automobile du gauchisme ». La présente étude le confirme au-delà de nos craintes les plus confortables.

2.Méthodologie

Le protocole repose sur une observation en immersion depuis la terrasse du PMU « Le Balto » (Nogent-le-Paisible), poste avancé offrant une vue imprenable sur le parking de la salle polyvalente, connue pour accueillir des yogas et donc, potentiellement, des gauchistes. La collecte s'est étalée sur trois après-midis, interrompue deux fois par le tiercé.

Tout véhicule immatriculé avant 2005, arborant au moins un autocollant (nucléaire non merci, Larzac, ou simple trace d'autocollant arraché, jugée encore plus suspecte), et transportant plus de deux passagers à l'arrière, a été classé « Unité Mobile Gauchiste » (UMG). La destination « point de deal » a été établie par la méthode dite du « de toute façon on sait très bien où ils vont » (Rond-Point, 2023), désormais standard dans notre discipline.

3.Résultats

Les résultats sont sans appel (nous avons décidé de ne pas faire appel). La totalité des UMG observées (n = 3) transportait des camarades. L'analyse spectrale du bruit moteur confirme dans 100 % des cas un diesel antérieur au contrôle technique renforcé, dont le nuage noir au démarrage constitue, selon nos modèles, un signal de ralliement.

Renault 19 (1993)
9 camarades
305 break (1988)
7 camarades*
Kangoo (2001)
5 camarades
SUV hybride (2024)
0 (faux gauchiste)
Fig. 1 — Nombre de camarades transportés par type de véhicule. (*) Dont un chien, compté comme camarade car il portait un foulard.

La figure 1 révèle notre découverte majeure : le nombre de camarades transportés croît avec l'âge du véhicule (r = 0,99 ; p < il-fait-froid-dans-le-dos). À l'inverse, le conducteur de SUV hybride récent, souvent présenté comme « de gauche » par les médias, n'a transporté aucun camarade : il s'agit d'un bobo, taxon distinct qui fera l'objet d'un numéro spécial.

Tableau 1 — Indicateurs du gauchisme automobile authentique
IndicateurValeur mesuréeInterprétation du comité
Âge moyen du véhicule31,2 ansRefus ostentatoire du progrès (et de l'argus)
Taux d'occupation banquette arrière147 %Collectivisme appliqué
AutoradioK7, coincéeChant révolutionnaire en boucle (non identifié, peut-être Renaud)
Trajets vers « le point »100 %Cf. méthode Rond-Point (2023)
Vignette Crit'AirAucuneInsoumission administrative caractérisée

4.Discussion

Pourquoi le gauchiste garde-t-il sa vieille bagnole ? Trois hypothèses s'affrontaient. L'hypothèse économique (il n'a pas les moyens) a été écartée : trop vraisemblable, donc suspecte. L'hypothèse écologique (garder une voiture 30 ans pollue moins que d'en fabriquer une neuve) a été écartée également : elle impliquerait que le gauchiste ait raison sur un point, ce qui sort du cadre de cette revue.

Reste l'hypothèse logistique, que nous validons : la vieille bagnole est le seul véhicule dont la banquette accepte sans broncher six camarades, deux banderoles et un cageot de tracts. Le SUV moderne, avec ses alertes de surcharge, est structurellement de droite. C'est d'ailleurs, à notre connaissance, le premier résultat scientifique jamais obtenu depuis une terrasse de PMU, et nous en sommes émus.

Limites de l'étude. L'une des trois UMG s'est révélée être la fourgonnette du club de pétanque. Le comité a tranché : la pétanque étant un sport où l'on partage, l'observation reste valide.

5.Étude de cas : l'anomalie Victor Alembik, ou le gauchiste sans code

Toute théorie robuste doit affronter ses contre-exemples. Le nôtre s'appelle Victor Alembik. Sur le papier, le sujet présente un profil de gauchisme authentique irréprochable : camarade revendiqué, soutien indéfectible de Jean-Luc Mélenchon, présent à toutes les manifestations (y compris celles dont il ignore l'objet, par solidarité préventive). Selon notre modèle, il devrait donc, à l'heure qu'il est, sillonner le département dans un diesel de 1994 chargé de camarades. Or les faits sont têtus : le sujet Alembik est incapable d'obtenir son code de la route.

L'analyse détaillée de ses passages à l'examen est accablante. Le sujet échoue systématiquement sur les questions de priorité — or la priorité à gauche n'existe pas dans le code de la route français, ce qui plonge le sujet dans une crise idéologique à chaque intersection. Il refuse par principe la question sur les distances de sécurité (« la sécurité est un concept sécuritaire »), conteste la limitation à 80 km/h non pas parce qu'elle est trop basse mais parce qu'elle a été décidée verticalement, et demande à chaque session si le rond-point peut être occupé plutôt que franchi.

Nos statisticiens ont d'abord conclu à un simple cas de gauchisme théorique (variante : « gauchiste de canapé, sous-espèce inoffensive »). Mais l'analyse factorielle révèle une hypothèse bien plus dérangeante. Un individu qui ne peut pas conduire ne peut pas transporter de camarades ; un individu qui ne transporte pas de camarades prive le collectif de son infrastructure logistique ; un individu qui prive le collectif de son infrastructure logistique objectivement sabote la révolution. Or qui a intérêt à saboter la révolution ? La conclusion s'impose avec la force tranquille de l'évidence : Victor Alembik est de droite (p < 0,05, arrondi à la louche).

Le faisceau d'indices est d'ailleurs plus large qu'il n'y paraît. Le sujet échoue au code, certes — mais il échoue avec méthode, avec constance, presque avec rigueur : autant de valeurs de droite. Son inconscient freine là où le camarade accélère. Chaque 12/35 est un bulletin de vote dissimulé. Nous recommandons son exclusion préventive de toute banquette arrière, le temps qu'une commission (composée des trois auteurs et du patron du Balto) statue sur son cas. Le sujet conteste ces conclusions, ce qui, chacun en conviendra, les confirme.

Ferveur mélenchoniste
95 %
Présence en manif
88 %
Réussite au code
0 % (n = beaucoup)
Droitisme latent (déduit)
97 %
Fig. 2 — Profil du sujet Alembik. L'écart entre les trois premières barres et la quatrième est ce que la littérature appelle désormais le « paradoxe d'Alembik ».

6.Conclusion

Le vrai gauchiste conduit. Il conduit vieux, il conduit plein, il conduit vers le point de deal, et — détail glaçant — il met le clignotant, preuve qu'il sait parfaitement où il va. Nous recommandons aux pouvoirs publics la création d'un Observatoire National de la Banquette Arrière, ainsi que l'audition immédiate de tout détenteur de Renault 19 dont le cendrier est plein.

7.Références

  1. de la Clôture, G. (2024). Pourquoi ils veulent manger nos pavillons. Presses du Lotissement, 2ᵉ éd. revue et inquiétée.
  2. Rond-Point, J.-M. (2023). « De toute façon on sait très bien où ils vont : vers une méthodologie de l'intime conviction ». Cahiers du Rond-Point, 12(4).
  3. Volet-Roulant, M. (2025). « Le clignotant comme aveu : sémiologie du trajet militant ». Revue Française de Vigilance Citoyenne, 46(2), 33–41.
  4. Un monsieur très informé (2026). Publication Facebook, 23 h 47. Consultée trois fois, partagée avant lecture.
  5. Le beau-frère (comm. pers., repas de Noël 2025).
  6. Alembik, V. (2026). « Non mais là c'est abusé ». Réclamation orale, non retenue par le comité de lecture (conflit d'intérêts : le sujet est le sujet).

Financement : Fédération des Propriétaires de Pavillons Inquiets (FPPI) et cagnotte de la belote du jeudi. Conflits d'intérêts : les auteurs déclarent posséder chacun un portail électrique et en être très fiers. Éthique : aucun gauchiste n'a été approché, par prudence.

Avertissement : ceci est une parodie. Aucune Renault 19 n'a participé à cette étude, l'ISOG n'existe pas (pour l'instant), et la terrasse du PMU « Le Balto » décline toute responsabilité scientifique. Toute ressemblance avec une conversation réelle de repas de famille serait purement statistique.